07/08/2007

Les siestes columbo


Vers trois heures.
Midi au soleil dont les rayons tapent droit et intense.
La tonnelle désertée, la cuisine bien rangée. Flotte encore l’odeur sucrée du melon à laquelle se mélange la flagrance corsée du café.
Le silence tombe sur la maison.
Tout le monde s’est dispersé après le déjeuner.
Dans la chambre, derrière les murs épais, entre les persiennes refermées en tuile : un rai de lumière, grouillant de poussière autrement invisible.
Le son du vieux poste Schneider de Cal au minimum, Columbo confond les meurtriers avec son insistance faussement maladroite.
Douce somnolence...
Luxe de l’été.

Photo : Lez

Synesthésie VIII : Chants magnétiques en plein soleil

L'Avventura d'Antonioni (1960) & Les Petits chevaux de Taquinia de Duras (1953)

05/08/2007

Opération Speculoos : Calez Junior is coming




Lord protect my child par Susan Tedeschi (d'après Bob Dylan)

04/08/2007

Voeux de modernité

Hier soir, Mosca a tenté de faire des voeux avec les satellites.
Parce que les étoiles filantes passent vraiment trop vite et qu'on a le temps de rien...







Photo de B. Boukerma dont le site est une merveille

03/08/2007

Synesthésie VII : Enfin à V.

Notre premier jour à V. & Casta Diva de Bellini (Norma)





Photos : Lez

01/08/2007

Blow up et mon explosion ontologique

"Le monde, la réalité où nous vivons sont invisibles et l’on doit donc se contenter de ce que l’on voit".

Antonioni incarne son propos dans Blow up. Un chef d’œuvre qui n’a rien à voir avec une mise en scène de l’absence de sens. Mais grâce auquel, au contraire, intellectuellement et sensitivement, on comprend que si un seul regard ne peut suffire pas à prouver quoi que ce soit, c’est peut-être dans la confrontation de plusieurs regards que l’on peut tenter de déchiffrer quelque chose…
Pour moi ce film fut une révélation.
Au même titre que La Condition Humaine de Malraux. Ce moment où Chen le résistant, réécoute un message qu’il a enregistré en surimpression sur un disque. S’énerve croyant qu’il a été modifié, alors qu’il s’agit bien du sien mais que, tout simplement, il ne reconnaît pas sa voix. Il ne se reconnaît pas. C’est très exactement à ce moment là que j’ai compris (et intégré) que nous n’apparaissons pas aux autres comme nous croyons être.

Deux grandes découvertes ontologiques.
Deux fragilités extrêmement humaines à convertir en opportunités magnifiques.
Job d’une vie !

Petite morale de la bande dépilatoire

Badigeonnage de cire chaude. Pose de la bande. Coup sec à rebourd du poil...
Quand l’esthéticienne est aux commandes, tout va bien.
Expertise. Rapidité. Absence d’état d’âme.
Même pas mal !
Tout se complique quand on le fait seule.
Appliquer la cire : c’est ok. Coller la bande par-dessus : fastoche.
Mais… terrible est ensuite le laps de temps qui s’écoule entre ce moment - tout est prêt, on ne peut plus reculer – et celui où il faut y aller.
Retirer la bande.
Arracher.
Y a pas mal de choses comme ça dans la vie.
Beaucoup de temps passé à avoir peur. Peur d’avoir mal. Mal d’avoir peur d’avoir mal.
Beaucoup TROP de temps.
Alors que finalement…

31/07/2007

Ciel!


Une nuit étoilée, votre dulciné(e) et vous passez une soirée romantique :
-Oh, regarde, la grande Ourse,
-Oh, regarde la petite Ourse
-Oh, regarde, le, la...


Pour savoir reconnaître les étoiles et ne pas perdre le nord, voici un site simple qui vous apprendra tout en un quart d'heure. Suivez le guide.

30/07/2007

L'identité nationale selon Hortefeux : indigence, amalgames et vieilles ficelles...

Brice Hortefeux, notre ministre de l’Immigration, de l’Intégration, de l’Identité nationale et du Codéveloppement vient justement de développer, dans Libé, sa vision de l’"identité nationale".

C’est rédigé comme une mauvaise dissertation de philo. Sujet : "identité : héritage ou construction ?". Deux parties, deux sous-parties.

Première partie : l’identité comme héritage.
Première sous-partie : il faut le savoir, jusqu’à maintenant les deux piliers qui structuraient notre identité nationale, c’étaient le service militaire et l’ORTF (donc, si je comprends bien, quand t’étais une fille et que t’avais pas la télé… ).
Cela dit, maintenant : "Les temps ont changé : le service national a été suspendu et la communication, en grande majorité, privatisée au profit d’une multitude de chaînes thématiques. Qu’on le veuille ou non, une bonne partie de ce qui forgeait la Nation française s’est disloquée". Gloups.
On enchaîne ensuite (seconde sous-partie) sur tous les "facteurs extérieurs" qui ont approfondi cette dislocation. En vrac : l’Europe (oui, c’est écrit : facteur extérieur), la mondialisation, Internet (?!). En deux phrases on a fait le tour, résumé cinquante ans de mutations.
Conséquence sans transition : "les offres d’identités se sont élargies".
Pif pof, ça nous permet tout naturellement de déboucher sur "les communautarismes qui se développent".
Et on emballe la partie avec : "Au nom de quoi l’identité nationale serait la seule dont on ne pourrait plus parler ?". Bonne vieille technique rhétorique si chère à Sarko (quand, précisement, ça fait des plombes qu'ils nous en rabâchent les oreilles…!).

Deuxième partie : l’identité comme construction
Petit préambule façon ABC-de-la-philo sur l’adhésion, le choix, bâtir ensemble etc.
Première sous-partie : l’immigration-valeur travail, une déclinaison du cheval de bataille du patron. Trop de regroupement familial (ça a beau être un droit de l’homme, c’est un héritage : beurk), pas assez d’immigration économique (ça c’est du choix !).
Seconde sous-partie : la langue, la culture. Aaaah... la culture et tous ces auteurs, ces merveilleux exemples depuis Apollinaire jusqu’à Assia Djebar ou Hector Bianciotti en passant par Léopold Sedar Senghor et Samuel Beckett. Sauf que justement, comme le rappelle opportunément le commentaire d’un internaute, ces deux derniers ne sont pas "d’origine étrangère" mais carrément "étrangers". Pour l'identité française... faudra repasser, Brice !

On finit avec une synthèse, façon pirouette d’un type pas souple.
"La conjonction des termes [identité nationale et immigration], qui alimente les tribunes plus qu’elle ne dérange le peuple électeur (!!!) ne révèle ainsi aucune intention malheureuse. Ne nous y trompons pas : si le modèle social français, dont l’ambition est l’équité, est aujourd’hui en panne, ce n’est pas à cause des mots, mais bien en raison d’un manque de politique qui porte un nom. Le racisme et la xénophobie proviennent de l’absence d’idées, et non de l’addition de mots".
Là, en plus de l’indigence intellectuelle du raisonnement et des (dangereux) amalgames en chaîne, on est complètement hors sujet.
Flippant (mais bon, déjà la création du Ministère...).
Et de conclure avec le traditionnel "observatoire" composé de "plusieurs historiens et intellectuels"qui surveillerait l’action de son ministère.
Pathétique.

Bergman : Persona grata

Décidément, ce n'est pas la journée du cinéma. Ingmar Bergman s'en va lui aussi...

La première fois que j'ai vu Persona je n'ai presque rien compris mais j'ai été fascinée par l'ambigüité de ces deux visages, par cette narration déconstruite. Le film nous projette dans l'univers mental de deux femmes, une actrice malade qui ne parle plus et sa jeune infirmière, dont la relation repose sur des frontières mouvantes.

« Je sens aujourd’hui que dans Persona je suis arrivé aussi loin que je peux aller.
Et que j’ai touché là, en toute liberté, à des secrets sans mots que seul le cinéma peut découvrir. » disait Bergman.


J'ai trouvé sur la toile une belle analyse du film que je m'empresse de vous faire partager.

Michel Serrault en héros

J'apprends la mort de Michel Serrault. Je pense immédiatement à Malevil, une histoire de science-fiction, adaptée du roman de Robert Merle, dans lequel les rescapés d'une explosion nucléaire apprennent à vivre ensemble.
Serrault y incarne un homme de la campagne pratique et efficace. C'est lui le héros, celui-ci sur qui le futur des autres repose.

Serrault en héros, c'est comme ça que j'avais envie de penser à lui ce matin.


Quand l'imagination nous fait des faux!

2005 : Couverture pour le B.O. de la saison 2 de The L Word


2007 : photo promotionnelle pour le retour des Spice Girls

29/07/2007

Et si on tirait au sort nos sénateurs ?

Dans le débat actuel sur la modernisation de nos institutions, il est n’est question que du Président, du Premier ministre, du Parlement… Les mecs chargés de réfléchir aux réformes souhaitables sont « nommés », ceux qui vont les voter sont, certes élus, mais juges et parties sur ce dossier précis.

Pourtant, c’est quand même au peuple de fixer les limites du pouvoir qui va être exercé sur lui, non ?

L'avenir nous dira pour combien de temps la campagne de Ségolène Royal et l'échec qui s'en est suivi auront provoqué l'ostracisme des notions de participation et délibération citoyenne.
Hélas.
Car à mon sens, c’est à tort que l’on identifie démocratie et démocratie représentative.
Les changements sociaux et technologiques rendent aujourd’hui nécessaire le passage à une étape ultérieure du développement démocratique qui ne regarde plus les citoyens comme incompétents dès qu’il s’agit de délibérer, de prendre des décisions ou d’exercer des fonctions publiques. Ce doit être la suite logique de l’universalisation du suffrage. Aujourd’hui, l’information et la délibération publique prennent une place croissante dans les médias et l’opinion publique interfère de plus en plus dans les pratiques de gouvernement.

Mais il faut aller plus loin. Prendre acte, structurer et canaliser. Pour en tirer partie, mais également pour éviter les effets pervers que cela ne manque pas d’induire.

Bref, approfondir la démocratie.

Les jurys citoyens, c'était de la racol' politique petits bras.

Pourquoi, par exemple, ne pas réfléchir à remettre au goût du jour le tirage au sort d’une partie de nos représentants ? Ce système existe toujours à travers les jurys d'assises : on reconnaît aux gens ordinaires assez de discernement pour juger leurs semblables, pourquoi leur nier cette faculté dans le cadre politique ?
Le tirage au sort des représentants a d’ailleurs été lié à l'idéal démocratique pendant des siècles, avant d'être oublié. Si cette idée s'est perdue, ce n'est pas par hasard. La conviction des pères des démocraties modernes, selon laquelle les décideurs devaient avoir une distance par rapport au peuple, impliquait que le tirage au sort ne pouvait pas convenir.
Mais ne doit-on pas, précisément, réduire aujourd’hui cette distance ?
Un Sénat, décisionnaire ou consultatif, composé de citoyens tirés au sort ou de membres élus du secteur associatif, serait-il moins représentatif que le Sénat actuel, qui surreprésente la France rurale, dont le scrutin à deux niveaux n’autorise à être élus que des gens qui le sont déjà et pour un mandat dont la durée est aberrante ?

Synesthésie VI : Discovery

La Défense, depuis le balcon de S.
et Veridis Quo de Daftpunk (album Discovery, 2001)




Photos : Lez

28/07/2007

Tu votes pour toi ou… ?

Nos institutions doivent être réformées. Tout le monde en convient ou presque. Une Commission vient d’être mise en place dont c’est la mission.
A supposer déjà que ces "sages" fassent preuve de plus d’imagination que de conservatisme, que se passera-t-il si les réformes qu’ils préconisent menacent de bouleverser en profondeur les institutions actuelles ? Est-on bien certain d'obtenir le vote des trois cinquième du Congrès nécessaire à leur adoption ?
M’étonnerait que les députés et surtout les sénateurs scient la branche sur laquelle ils sont assis.
Il eut fallu mettre en place une assemblée constituante... compliqué et un peu tard. Ou alors prévoir de soumettre l’affaire au référendum, ce que ne semble pas prêt à faire notre Président. Ou réfléchir à un mix des deux, mais là, on est dans le fantasme…
Bref, je vois mal comment on pourrait s’acheminer vers autre chose que des changements purement cosmétiques.

18ème étage N°2/3


Photos : Lez

27/07/2007

Rey glisse...

Pas dopé des neurones Thierry Rey. Ce matin sur Inter, le judoka déclare que le cyclisme est un sport "lamentable" qui "ne mérite même pas d'exister". Rien de moins.
Et dire que j'ai eu un poster dédicacé de cet abruti dans ma chambre quand j'étais petite (heureusement vite remplacé par celui d'Anne Sinclair ;-) !
Suspendre le Tour de France ? Un signe fort pour le sport ? On ampute le membre malade et on pense que tout va aller mieux ? Supprimer le Tour ? Plutôt une belle victoire du dopage oui ! Un assèchement de toutes les volontés et moyens émergents de lutte pour un sport propre. Un encouragement à toutes les hypocrisies et toutes les dissimulations... ça m'énerve !!!!

Synesthésie V : regards

Now and Then de Steve McCurry /Dream on d'Aerosmith


26/07/2007

Les heures difficiles



Photos : Lez (Jardins du Musée Rodin)

25/07/2007

On ne trouve jamais que ce qu'on cherche

" Le cyclisme, quoi qu'on en dise, au plan international, est la discipline la plus avancée en matière de lutte contre le dopage sur l'ensemble des contrôles urinaires, mais également sur les contrôles sanguins.
Le cyclisme est la première fédération internationale à faire à ce niveau des contrôles sanguins, alors que beaucoup d'autres fédérations se cantonnent à faire des contrôles urinaires.
Le cyclisme pratique également beaucoup de contrôles inopinés, ce qui est autre moyen de lutter contre le dopage, puisqu'une partie des dopages se font à l'entraînement et pas en compétition. (…) La FIFA (ie. la Fédération Internationale de Football) n'a pas totalement adhéré au code mondial antidopage. Durant la Coupe du monde 2006, il n'y a eu que des contrôles urinaires, alors qu'en 2002 il y avait eu l'introduction des premiers contrôles sanguins. Si par exemple des footballeurs avaient bénéficié de transfusions sanguines en 2006, ils ne pouvaient pas être contrôlés positifs car cette pratique ne se décèle pas dans les urines.
D'autre part, certaines pratiques dopantes comme l'hormone de croissance ne sont pas retrouvables dans les urines. Et pour l'instant, le monde du football n'a pas mis en place de traçabilité biologique cohérente, et par conséquent, ne sait pas réellement ce qui se passe en termes de dopage. Ou ne veut pas le savoir. "

Ce n’est pas moi qui le dit, c’est Gérard Dine, chef du service d'hématologie et d'immunologie de l'hôpital des Hauts-Clos de Troyes et spécialiste des pratiques dopantes (sur le chat du Monde).

Alors, évidemment, ça n’excuse rien et ça ne clôt certainement pas le débat.
"Le dopage est un fléau" comme on n'arrête pas de l'entendre. Un fléau dont les déterminants sont sportifs, médicaux et technologiques, économiques et sociologiques et que l’on ne combattra qu’en mettant à plat toutes ces logiques.
Juste, ça recadre un peu les choses sur le Tour, cher à de nombreux Français. Dont Cal et moi.

Le subtil coming out de Jodie Foster

Dans la vie personnelle de chacun, il y a la sphère privée et la sphère publique. Cette dichotomie est très importante parce que si tout était public (ou politique), cela voudrait dire que l’on évolue dans un tout autre régime que le régime démocratique. On a bien vu ce que ça a donné par le passé…

Cela étant, sauf à entretenir une étanchéité protectrice qui prend le risque de s’approfondir en schizophrénie, la perméabilité des sphères privée et publique est souvent inévitable. Plus ou moins. Dans son quartier, dans son travail, quand on vit en couple, que l’on a des enfants… Evidemment, c’est une perméabilité choisie. Mais qui peut être compliquée quand, par exemple, on est gay, ce qu’une partie de la population (de plus en plus minoritaire, heureusement) continue à réprouver, de façon parfois virulente (mais pourquoi, pourquoi ?!). A fortiori tout ça se complique lorsque l’on est un personnage gay dit public.

Le coming-out opère ce franchissement de la sphère privée à la sphère publique.
C’est une démarche délicate qui vire bien souvent à l’aveu. Or l’aveu renvoie à la culpabilité, à la honte et s’inscrit ce faisant (et comme le disait Foucault) dans un problématique de rapport de forces et de pouvoir.
A l’inverse, il y a la fierté.
Mais que faire quand on ne peut pas choisir entre les deux ? Quand on revendique même de ne pas faire ce choix ?

J’aime beaucoup la façon dont Jodie Foster vient de s’y prendre.
Des lustres que tout le monde sait qu’elle vit avec une femme sans que jamais elle ne l’évoque officiellement.
Lors de la récente inauguration du nouveau Saban Center For Health And Wellness du Motion Picture and Television Fund’s pour lequel elle a fait un don conséquent, une plaque a été posée avec les empreintes de mains de ses fils. Au dessous figurent leurs noms : Kit Bernard Foster et Charles Bernard Foster. « Bernard » étant le patronyme de la femme avec laquelle vit Jodie Foster. La mère « sociale » de ses enfants donc.
Maintenant, c’est gravé dans la marbre (enfin le bronze je crois).

24/07/2007

18ème étage


Photo : Lez

Synesthésie IV : le blues de Norma Jean





Blonde de Joyce Carol Oates
& a bass solo of Charles Mingus

23/07/2007

Barbarella, 1968

La semaine dernière, Arte diffusait Barbarella, un nanar comme on en fait plus, un symbole du sublime kitsch. Le film est intégralement porté par l'actrice Jane Fonda qui joue son personnage avec tant d'humour et d'intelligence qu'elle nous donne envie de regarder l'écran jusqu'à la toute fin (rendons aussi hommage à Roger Vadim, le mari de l'époque, qui a toujours filmé à merveille les femmes de sa vie).
A mentionner dans les scènes mythiques le générique bien sûr dans lequel Miss Fonda se dévêt avec une grâce délectable ; ainsi qu'une rencontre assez exceptionnelle avec Ugo Tognazzi (digne représentant du beau mâle à l'italienne, l'Ugo encore svelte d'avant la Cage aux folles), homme à poils qui fait découvrir, dans son bateau des glaces, les joies de sexe à l'ancienne à Barbarella (sur Terre, il ya belle lurette que l'on "couche" par pillules interposées).



Hollywood travaille à un remake sous le sceau du plus grand secret. Que va-t-il advenir du second degré qui fait tout le charme du premier ? Qui va pouvoir passer après Fonda? Le dernier nom qui circule : Halle Berry... Je reste dubitative...

22/07/2007

Politiquement correct / incorrect ?

(Pour faire suite au post d’avant-hier sur l’homophobie).
J'entends souvent que le "politiquement correct" envahirait tous les discours. Qu’ils sont décidément loin les temps bénis de la subversion, de l’audace, de l’humour. Qu’on ne peut plus rien dire sur personne...

Faut tout de même replacer les choses dans leur contexte sans quoi on se trompe de direction dans la lutte contre l’obscurantisme.

Il y a peu (encore quelques décennies), ON (votre famille, votre église, votre parti, votre patron…) vous disait quoi dire, comment le dire, et même quoi lire et que comprendre…
L’histoire de l’individualisme (au sens sociologique) est celle de l’émancipation progressive de l’individu de toutes ces tutelles et héritages imposés. Grâce à l’élévation du niveau de vie et d’instruction. En en passant parfois par la lutte avec - effectivement - les armes de la subversion, de l’audace, de l’humour durement dirigées contre ces structures oppressantes.
On pense à mai 68 évidemment. Dans un tout autre registre et un peu plus tard à Coluche, Le Luron, Gainsbourg...

Grâce à l’accélération de tout ça, on se retrouve en 2007, à un moment où l’individu n’a probablement jamais été autant législateur de lui-même. Il a davantage le choix, peut personnaliser ses valeurs et s'exprimer plus librement. C’est un progrès fondamentalement démocratique.

Mais du coup, c'est vrai, on ne peut pas, aujourd’hui, dire n’importe quoi sur n’importe qui, quand ça nous pique ou qu’on a envie de se défouler. Parce que beaucoup plus de choses se jouent au niveau individuel, on se doit de prendre individuellement les responsabilités qui vont avec ce surcroît de pouvoir.
C’était sans doute plus excitant de choquer et foutre des coups de pieds dans le tas tous azimuts et ce fut utile, aussi, politiquement.
D'ailleurs, on peut en avoir encore besoin parfois.
Mais on ne peut pas placer un Laurent Gerra dans la lignée d’un Coluche ou Le Luron (comme le font certains dans l'affaire dont on a récemment parlée). La plupart du temps son humour est blessant, réac’ et ne suscite pas le meilleur chez ceux qui l’écoutent. Loin de là. Zéro utilité sociale et plutôt même de la nuisance.

Se situer dans l’équilibre, la subtilité et le pragmatisme responsable n’est pas une question d’autocontrôle ou de nouvelle norme imposée plus insidieusement. Ni même de sérieux ou de conformisme.
D'ailleurs, moi, ce que je constate, c’est que la plupart du temps, le soi-disant "politiquement incorrect" actuel ne prend pas de risques et offre un discours finalement consensuel. Et derrière ça, il est surtout implicitement dangereux dans la mesure où il tend à nous faire régresser dans notre responsabilité individuelle.

21/07/2007

Come on girl / guy !

Suite de l'Opération Speculoos (alias Calez junior)...
Paris Nord - Bruxelles Midi :
Bonnie Ryatt, Stevie Wonder et Miles Davis
Bruxelles Midi - Paris Nord :
Les sonates (5, 6, 7 et 9) pour piano de Mozart par Maria Joao Pires
Espérons que ça aide !

20/07/2007

Gerra et l'homophobie

Comme bon nombre d'internautes, je consulte régulièrement le flux RSS du blog de Morandini. Aujourd'hui, je vois un article concernant une lettre envoyée par la présidente du Centre Gay et Lesbien au CSA pour évoquer les propos homophobes tenus par M. Gerra pendant l'émission Tour de France diffusée par France 2 le 15 juillet dernier. Par ici pour lire la lettre en question. Ce qui me choque n'est pas tant ce nouveau dérapage de Gerra, que les dizaines de réactions des internautes qui, dans leur grandes majorité, revendiquent le droit à la liberté d'expression et trouvent la démarche du CGL ridicule, stupide ou déplacée.
Entre autres commentaires, j'ai retenu celui-ci, exemplaire, envoyé par Célinette, une jeune femme de 26 ans : "Quant il [Gerra] évoquait Delanoe avec la voix de Jack Lang en disant "Notre Dame de Paris " ,je trouvais ça esclafant !!!! Mais bon je vais peut être me faire taxer d'homophobe ? N'importe quoi ....ou va t'on ? On ne peut plus faire de l'humour dans ce pays...Je pense que toutes les blondes devraient porter plainte après tout ...Franchement les homosexuels devraient faire profil bas , ils veulent être intégrés ( ce qui est normal ) mais avec des réactions pareilles c'est eux qui se mettent en marge ."

Pour répondre à Célinette : oui, je la taxe d'homophobe. Les deux réflexions (!?) qu’elle enchaîne sont homophobes.

L'humour sur les blondes n'est pas de l'humour qui stigmatise, c'est de l'humour par l'absurde sur des personnes qui, précisément, ne sont pas perçues comme étant différentes. A-t-on déjà vu une femme passée à tabac parce qu'elle était blonde ?

Et puis surtout, ça veut dire quoi "faire profil bas" ?
Moi, qui suis homo, à quoi devrais-je être « intégrée » ?

Célinette reconnaît donc bien que je suis exclue.


Avec tous ces commentaires, on se situe très exactement au cœur du problème que pose la présidente du CGL : les propos d’un Gerra sont susceptibles de générer et décomplexer ceux d’une Célinette, moins retords et moins habiles et… à quelques encablures de pouvoir être portés devant la HALDE.


Nb : Le pire, c’est sans doute que Célinette, qui ne voit pas le mal, doit certainement se considérer comme gay friendly et se targuer d’avoir, dans son entourage, voire parmi ses amis, un homo ou une lesbienne « très sympa ». Tout comme les mecs racistes ont toujours un bon pote marocain.


19/07/2007

"Occuper tout l'espace"




Hier soir, Nicolas Sarkozy a expliqué à nouveau sa stratégie d’ouverture. Incitant les 2 000 cadres de l’UMP réunis pour l’occasion, à dupliquer le procédé pour les Municipales à venir.

Dans les propos « rapportés », trois niveaux :


1.
Cette stratégie est la réponse aux attentes des Français et un besoin vital dans un pays qui a besoin de modernité.
Le niveau politique. C’est vrai, c’est très bien, ça faisait longtemps, même, qu’on attendait ça.
2.
Cette stratégie affaiblit le Parti socialiste en le privant de quelques-uns de ses meilleurs éléments.
Le niveau tactique. Un peu rude mais pragmatique et complètement légitime.
3.
Nous devons occuper tout l'espace politique, de la gauche jusqu'à la droite.
Et c’est celui-là, qui est vraiment inquiétant : le niveau totalitaire.

Alerte CNIL

Sur ce sujet, j'enfonce le clou. Je sais. Comme sur un autre d'ailleurs : la protection de l'environnement.
Et c'est d'ailleurs intéressant qu'Alex Türk, Président de la CNIL, fasse lui-même le rapprochement entre les menaces sur nos libertés individuelles et celles sur l'environnement. Deux enjeux dont on ne peut pas éternellement déléguer la prise en charge aux générations futures. Car c'est maintenant qu'ils se posent.

"Les gens ne se rendent pas compte qu'il y a mise en place autour d'eux d'un certain nombre de technologies, qui peuvent être invasives, d'un certain nombre de textes législatifs et réglementaires, qui, s'ils sont pris isolément, peuvent ne pas inquiéter, mais qui peuvent de manière non visible s'interconnecter et au fond augmenter leur puissance commune. Et cela ne se voit pas.
C'est peut-être dans dix ou quinze ans qu'on pourra dire : finalement, tout a changé, notre sphère de liberté s'est réduite, mais on n'en était pas vraiment conscient. C'est un peu comme quand on est au bord d'un lac en train de s'assécher. Au début, vous ne vous en rendez pas compte, et un jour le lac est presque sec. C'est un phénomène qui peut être lent, progressif, pas forcément visible, mais incontestable
." (voir son chat complet ici)


Voici donc décrit le problème dont un bout de la résolution réside dans les missions dévolues à la CNIL. Sauf que dans un autre article Türk sonne l'alarme :

"Nous sommes totalement débordés. Nous allons inévitablement rater quelque chose, et, un jour ou l'autre, on nous reprochera de ne pas avoir été assez vigilants"

En filigrane des propos de Türk on voit une spirale très flippante se mettre en place : la CNIL n'a pas les moyens d'agir (beaucoup moins que ses homologues européennes) et très peu de moyens d'informer et inciter les citoyens à la vigilance. Des moyens qu'elle met en oeuvre de manière assez parcimonieuse car... elle prend alors le risque de susciter des attentes... auxquelles, précisement, elle n'a pas les moyens de répondre....

L'Odyssée version Pénélope

Qui ne connaît pas l'histoire d'Ulysse et de son Odyssée ? (texte complet sur un super site pour les fana de récits antiques chez Philoctetes). Grâce à Flammarion qui a lancé une collection intitulée "Mythes du Monde", j'ai découvert l'autre jour un livre, L'Odyssée de Pénélope, qui rallie deux de mes passions : la mythologie et Margaret Atwood (un de mes - nos - auteurs favoris).
Atwood, féministe, s'est emparée de l'histoire d'Ulysse pour nous la conter du point de vue de son épouse restée bien gentiment à l'attendre pendant vingt ans (digest de Pénélope dans l'Odyssée par ici). La naration mêle une voix moderne et humoristique, celle de Pénélope qui nous parle depuis Les Champs-Elysées, et la voix tragique et cynique du choeur des servantes tuées par Ulysse à son retour.
Ce court texte, par l'entremise duquel Atwood évoque la place de la femme dans le mariage et dans la société , est un petit bijou.

A noter : pour construire son récit, Atwood s'est appuyée sur un de mes livres de chevet : Le controversé mais génialissime Les mythes Grecs de Robert Graves, sorte de bible en la matière.